HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

Plutarque, Vie d'Alexandre

Chapitre 19

  Chapitre 19

[19] Ἔτι δὲ μᾶλλον ἐθάρρησε καταγνοὺς δειλίαν Ἀλεξάνδρου,
πολὺν χρόνον ἐν Κιλικίᾳ διατρίψαντος. ἦν δ´
διατριβὴ διὰ νόσον, ἣν οἱ μὲν ἐκ κόπων, οἱ δ´ ἐν τῷ τοῦ
Κύδνου ῥεύματι λουσαμένῳ καὶ καταπαγέντι προσπεσεῖν
λέγουσι. τῶν μὲν οὖν ἄλλων ἰατρῶν οὐδεὶς ἐθάρρει
βοηθεῖν, ἀλλὰ τὸν κίνδυνον οἰόμενοι πάσης ἰσχυρότερον
εἶναι βοηθείας, ἐφοβοῦντο τὴν ἐκ τοῦ σφαλῆναι διαβολὴν
πρὸς τοὺς Μακεδόνας? Φίλιππος δ´ Ἀκαρνὰν μοχθηρὰ
μὲν ἑώρα τὰ περὶ αὐτὸν ὄντα, τῇ δὲ φιλίᾳ πιστεύων, καὶ
δεινὸν ἡγούμενος εἰ κινδυνεύοντι μὴ συγκινδυνεύσει, μέχρι
τῆς ἐσχάτης πείρας βοηθῶν καὶ παραβαλλόμενος, ἐπεχείρησε
φαρμακείᾳ καὶ συνέπεισεν αὐτὸν ὑπομεῖναι καὶ
πιεῖν, σπεύδοντα ῥωσθῆναι πρὸς τὸν πόλεμον. ἐν τούτῳ
δὲ Παρμενίων ἔπεμψεν ἐπιστολὴν ἀπὸ στρατοπέδου,
διακελευόμενος αὐτῷ φυλάξασθαι τὸν Φίλιππον, ὡς ὑπὸ
Δαρείου πεπεισμένον ἐπὶ δωρεαῖς μεγάλαις καὶ γάμῳ
θυγατρὸς ἀνελεῖν Ἀλέξανδρον. δὲ τὴν ἐπιστολὴν
ἀναγνοὺς καὶ μηδενὶ δείξας τῶν φίλων ὑπὸ τὸ προσκεφάλαιον
ὑπέθηκεν. ὡς δὲ τοῦ καιροῦ παρόντος εἰσῆλθε
μετὰ τῶν ἑταίρων Φίλιππος, τὸ φάρμακον ἐν κύλικι
κομίζων, ἐκείνῳ μὲν ἐπέδωκε τὴν ἐπιστολήν, αὐτὸς δὲ
τὸ φάρμακον ἐδέξατο προθύμως καὶ ἀνυπόπτως, ὥστε
θαυμαστὴν καὶ θεατρικὴν τὴν ὄψιν εἶναι, τοῦ μὲν ἀναγινώσκοντος,
τοῦ δὲ πίνοντος, εἶθ´ ἅμα πρὸς ἀλλήλους
ἀποβλεπόντων οὐχ ὁμοίως, ἀλλὰ τοῦ μὲν Ἀλεξάνδρου
φαιδρῷ τῷ προσώπῳ καὶ διακεχυμένῳ τὴν πρὸς τὸν
Φίλιππον εὐμένειαν καὶ πίστιν ἀποφαίνοντος, ἐκείνου δὲ
πρὸς τὴν διαβολὴν ἐξισταμένου, καὶ ποτὲ μὲν θεοκλυτοῦντος
καὶ πρὸς τὸν οὐρανὸν ἀνατείνοντος τὰς χεῖρας,
ποτὲ δὲ τῇ κλίνῃ περιπίπτοντος καὶ παρακαλοῦντος τὸν
Ἀλέξανδρον εὐθυμεῖν καὶ προσέχειν αὐτῷ. τὸ γὰρ φάρμακον
ἐν ἀρχῇ κρατῆσαν τοῦ σώματος οἷον ἀπέωσε καὶ
κατέδυσεν εἰς βάθος τὴν δύναμιν, ὥστε καὶ φωνὴν ἐπιλιπεῖν
καὶ τὰ περὶ τὴν αἴσθησιν ἀσαφῆ καὶ μικρὰ κομιδῇ
γενέσθαι, λιποθυμίας ἐπιπεσούσης. οὐ μὴν ἀλλὰ ταχέως
ἀναληφθεὶς ὑπὸ τοῦ Φιλίππου καὶ ῥαΐσας, αὑτὸν ἐπέδειξε
τοῖς Μακεδόσιν? οὐ γὰρ ἐπαύοντο πρὶν ἰδεῖν τὸν Ἀλέξανδρον ἀθυμοῦντες.
[19] XIX. Aucta est etiam fiducia Dario, quum Alexandrum diu in Cilicia commorantem pro timido haberet. Morae autem causa Alexandro fuit morbus, quem ei alii ob defatigationem, alii, quum in flumine Cydno frigidissimo lauisset, accidisse tradunt. Quum de ceteris medicis nemo auxilium afferre auderet, quod morbum omni remedio superiorem iudicantes metuebant ne, si medicinam abs re adhibuissent, in calumnias Macedonum incurrerent; Philippus Acarnan, tametsi et ipso difficultatem rei cerneret, amicitiae tamen fidens indignumque ratus si rege periclitante non una periculum subiret nec ad extremum usque conatum ei opitularetur et periculo sese exponens, ausus est medicamentum ei temperare, idque ut biberet persuadere, cupienti recuperatis uiribus bello reddi. (2) Interim ex castris Parmenio epistolam ad regem mittit, qua monebat uti sibi a Philippo caueret, quem Darius maximis muneribus et filiae coniugio proposito ad necandum ipsum compulisset. Alexander lectam epistolam, nullique amicorum exhibitam, sub puluinari deposuit. (3) Ubi tempus offerendi medicamenti fuit et Philippus cum amicis ad regem intrauit, pharmacum in calice afferens, epistolam ei porrexit, ipse poculum alacriter, nihilque suspicans accepit. Mirum profecto id fuit spectaculum, altero legente, altero bibente, ac deinde se minime eodem modo aspicientibus, quum Alexander hilari uultu fidem suam et beneuolentiam in Philippum testaretur, Philippus calumnia attonitus nunc deos obtestaretur coelo que manus tenderet, nunc ad lectum Alexandri concideret eumque bono animo esse et sibi obsequi hortaretur. (4) Et uero medicamentum tum initio corpus adortum repulerat quasi et in altum depresserat uires eius, ita ut et uox deficeret et animi deliquio oborto uita eius obscure admodum sensu perciperetur. Sed mox a Philippo refectus, receptis uiribus sese Macedonibus ostendit, quibus non nisi conspecto ipso eximi moestitia poterat. [19] XIX. La confiance de Darius s'accrut bien plus encore, lorsqu'il se fut persuadé que c'était la crainte qu'Alexandre avait de lui qui le retenait si longtemps dans la Cilicie; mais ce long séjour était causé par une maladie que les uns attribuaient à ses fatigues, et d'autres à un bain qu'il avait pris dans le Cydnus, dont l'eau est aussi froide que la glace. Ses médecins, persuadés que le mal était au-dessus de tous les remèdes, n'osaient lui administrer les secours nécessaires, de peur que s'ils ne réussissaient pas, les Macédoniens ne les en rendissent responsables; mais Philippe d'Acarnanie, son premier médecin, le voyant dans un danger extrême, et se confiant en l'amitié qu'Alexandre avait pour lui, se serait cru coupable de lâcheté s'il ne s'était pas exposé à quelque péril, en essayant, pour sa guérison, les derniers remèdes, au risque de tout pour lui-même : il lui proposa donc une médécine qu'il lui persuada de prendre avec confiance, en l'assurant qu'elle le guérirait bientôt, et le mettrait en état de continuer la guerre. Dans ce moment, Alexandre reçut une lettre que Parménion lui écrivait du camp, pour l'avertir de se tenir en garde contre Philippe, qui, séduit par les riches présents de Darius et par la promesse d'épouser sa fille, s'était engagé à faire périr Alexandre. Ce prince, après avoir lu cette lettre, ne la montra à aucun de ses amis, et la mit sous son chevet. Quand il en fut temps, Philippe, suivi de tous les autres médecins, entra dans la chambre du roi, avec la médecine qu'il portait dans une coupe. Alexandre lui donna d'une main la lettre de Parménion, et prenant de l'autre la coupe, il avala la médecine tout d'un trait, sans laisser paraître le moindre soupçon. C'était un spectacle vraiment admirable, et pour ainsi dire un coup de théâtre, que de voir en même temps Philippe lire la lettre, et Alexandre boire la médecine; tous deux ensuite se regarder, mais d'un air bien différent. Alexandre, avec un visage riant et satisfait, témoignait à son médecin la confiance qu'il avait en lui; et Philippe, s'indignant contre cette calomnie, tantôt prenait les dieux à témoin de son innocence, et tendait les mains au ciel; tantôt il se jetait sur le lit d'Alexandre, le conjurant d'avoir bonne espérance, et de s'abandonner à lui sans rien craindre. Le remède, en se rendant maître de la maladie, abattit tellement les forces du prince, qu'il perdit la parole, et tomba dans une si grande faiblesse, qu'il n'avait plus de sentiment; mais, promptement secouru par Philippe, il eut bientôt repris ses forces, et se montra aux Macédoniens, dont l'inquiétude et la frayeur ne cessèrent qu'après qu'ils l'eurent vu.


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Dernière mise à jour : 8/02/2005