[49] Ὁ μὲν οὖν Φιλώτας ἐπιβουλευόμενος οὕτως ἠγνόει
καὶ συνῆν τῇ Ἀντιγόνῃ, πολλὰ καὶ πρὸς ὀργὴν καὶ μεγαλαυχίαν
κατὰ τοῦ βασιλέως ῥήματα καὶ λόγους ἀνεπιτηδείους
προϊέμενος. ὁ δ´ Ἀλέξανδρος, καίπερ καρτερᾶς
ἐνδείξεως κατὰ τοῦ Φιλώτου προσπεσούσης, ἐκαρτέρησε
σιωπῇ καὶ κατέσχεν, εἴτε θαρρῶν τῇ Παρμενίωνος εὐνοίᾳ
πρὸς αὑτόν, εἴτε δεδιὼς τὴν δόξαν αὐτῶν καὶ τὴν δύναμιν.
Ἐν δὲ τῷ τότε χρόνῳ Μακεδὼν ὄνομα Λίμνος ἐκ Χαλαίστρας
{χαλεπῶς} ἐπιβουλεύων Ἀλεξάνδρῳ, Νικόμαχόν
τινα τῶν νέων, πρὸς ὃν αὐτὸς ἐρωτικῶς εἶχεν, ἐπὶ τὴν
κοινωνίαν τῆς πράξεως παρεκάλει. τοῦ δὲ μὴ δεξαμένου,
φράσαντος δὲ τἀδελφῷ Κεβαλίνῳ τὴν πεῖραν, ἐλθὼν
ἐκεῖνος πρὸς Φιλώταν ἐκέλευσεν εἰσάγειν αὐτοὺς πρὸς
Ἀλέξανδρον, ὡς περὶ ἀναγκαίων ἔχοντας ἐντυχεῖν καὶ
μεγάλων. ὁ δὲ Φιλώτας, ὅ τι δὴ παθὼν (ἄδηλον γάρ ἐστιν),
οὐ παρῆγεν αὐτούς, ὡς πρὸς ἄλλοις μείζοσι γινομένου τοῦ
βασιλέως? καὶ τοῦτο δὶς ἐποίησεν. οἱ δὲ καθ´ ὑπ{ερ}οψίαν
ἤδη τοῦ Φιλώτου τραπόμενοι πρὸς ἕτερον καὶ δι´ ἐκείνου
τῷ Ἀλεξάνδρῳ προσαχθέντες, πρῶτον μὲν τὰ τοῦ Λίμνου
κατεῖπον, ἔπειτα παρεδήλωσαν ἡσυχῇ τὸν Φιλώταν ὡς
ἀμελήσειεν αὐτῶν δὶς ἐντυχόντων. καὶ τοῦτο δὴ σφόδρα
παρώξυνε τὸν Ἀλέξανδρον, καὶ τοῦ πεμφθέντος ἐπὶ τὸν
Λίμνον, ὡς ἠμύνετο συλλαμβανόμενος, ἀποκτείναντος
αὐτόν, ἔτι μᾶλλον διεταράχθη, τὸν ἔλεγχον ἐκπεφευγέναι
τῆς ἐπιβουλῆς νομίζων, καὶ πικρῶς ἔχων πρὸς τὸν Φιλώταν
ἐπεσπάσατο τοὺς πάλαι μισοῦντας αὐτόν, ἤδη φανερῶς
λέγοντας, ὡς ῥᾳθυμία τοῦ βασιλέως εἴη Λίμνον οἰομένου
Χαλαιστραῖον ἄνθρωπον ἐπιχειρῆσαι τολμήματι τοσούτῳ
καθ´ αὑτόν? ἀλλὰ τοῦτον μὲν ὑπηρέτην εἶναι, μᾶλλον δ´
ὄργανον ἀπὸ μείζονος ἀρχῆς ἀφιέμενον, ἐν ἐκείνοις δὲ
τὴν ἐπιβουλὴν ζητητέον οἷς μάλιστα ταῦτα λανθάνειν
συνέφερε. τοιούτοις λόγοις καὶ ὑπονοίαις ἀναπετάσαντος
τὰ ὦτα τοῦ βασιλέως, ἐπῆγον ἤδη μυρίας κατὰ τοῦ
Φιλώτου διαβολάς. ἐκ τούτου δὲ συλληφθεὶς ἀνεκρίνετο,
τῶν ἑταίρων ἐφεστώτων ταῖς βασάνοις, Ἀλεξάνδρου δὲ
κατακούοντος ἔξωθεν αὐλαίας παρατεταμένης? ὅτε δὴ
καί φασιν αὐτὸν εἰπεῖν, οἰκτρὰς καὶ ταπεινὰς τοῦ Φιλώτου
φωνὰς καὶ δεήσεις τοῖς περὶ τὸν Ἡφαιστίωνα προσφέροντος?
"οὕτω δὴ μαλακὸς ὢν ὦ Φιλώτα καὶ ἄνανδρος
ἐπεχείρεις πράγμασι τηλικούτοις;"
Ἀποθανόντος δὲ τοῦ Φιλώτου, καὶ Παρμενίωνα πέμψας
εὐθὺς εἰς Μηδίαν ἀνεῖλεν, ἄνδρα πολλὰ μὲν Φιλίππῳ
συγκατεργασάμενον, μόνον δ´ ἢ μάλιστα τῶν πρεσβυτέρων
φίλων Ἀλέξανδρον εἰς Ἀσίαν ἐξορμήσαντα διαβῆναι, τριῶν
δ´ υἱῶν οὓς ἔσχεν ἐπὶ τῆς στρατιᾶς δύο μὲν ἐπιδόντα πρότερον
ἀποθανόντας, τῷ δὲ τρίτῳ συναναιρεθέντα.
Ταῦτα πραχθέντα πολλοῖς τῶν φίλων φοβερὸν ἐποίησε
τὸν Ἀλέξανδρον, μάλιστα δ´ Ἀντιπάτρῳ, καὶ πρὸς Αἰτωλοὺς
ἔπεμψε κρύφα, πίστεις διδοὺς καὶ λαμβάνων. ἐφοβοῦντο
γὰρ Ἀλέξανδρον Αἰτωλοὶ διὰ τὴν Οἰνιαδῶν ἀνάστασιν,
ἣν πυθόμενος οὐκ Οἰνιαδῶν ἔφη παῖδας, ἀλλ´ αὑτὸν
ἐπιθήσειν δίκην Αἰτωλοῖς.
| [49] XL1X. Has insidias non sentiens Philotas, et ira et iactantia
multos de rege sinistros sermones apud Antigonam
efferebat. Verum Alexander, tametsi grauia de Philota afferrentur
crimina, tacitus tamen ea ferebat, seque continebat,
siue Parmenionis erga se beneuolentia fretus, siue
gloriam eius Philotaeque et potentiam metuens. (2) Isto
autem tum tempore Macedo quidam Limnus nomine,
Chalastra urbe oriundus, insidias struens Alexandro, Nicomachum
quendam adolescentem amasium suum ad facinoris
societatem ineundam hortatus est. Is, repudiata petitione,
rem cum fratre Cebalino communicat. Cebalinus ad
Philotam accedit, seque et fratrem ad regem, de magna
et necessaria re eum compellaturos, introduci postulat.
Philotas incertum qua de causa abnuit, regem maioribus
negotiis intentum causans. Bis id fecit. Itaque insolentiam
eius auersati, alium quendam accesserunt, cuius
opera ad regem admissi, primum de Limno indicium detulerunt,
deinde obiter significarunt, ut bis a Philota spreti fuissent.
(3) Vehementer hoc Alexandrum irritauit,
auxitque perturbationem, quod Limno ab eo qui ad ipsum
comprehendendum missus fuerat, quum ui resistere pararet,
occiso, indicem insidiarum periisse putabat. Grauiter
exinde Philotae infensus, eos qui hominis antiquo odio
laborabant, sibi asciuit, iam palam dicentes socordem
esse regem, qui Limnum Chalastraeum hominem tantum
facinus nemine impellente ausum fuisse opinaretur; administrum
eum, aut uerius instrumeutum fuisse, facinoris
maiorem auctorem quaerendum, insidiarum autem causam
apud eos inuentum iri, quibus eas latere ex re fuisset.
(4) His sermonibus calumniisque aures rege pandente, infinitis
iam Philotas criminibus onerari coepit. Itaque captus
est et in quaestionem datus, amicis regis tormentis adstantibus,
ab Alexandro autem post aulaeum extentum auscultante,
quum quidem miserabiles et humiles uoces atque
deprecationes eo ad Hephaestionem emittente, dictum traditur :
Itane mollis adeoque effeminatus quum esses, Philota,
tantam rem aggrediebare ? (5) Occiso Philota, Parmenionem
quoque statim in Mediam misit qui necarent, eum uirum,
qui multis in rebus gerendis affuerat Philippo ; unus
uero, aut maxime omnium natu grandiorum amicorum,
Alexandrum ad Asiaticam expeditionem excitauerat, isque
de tribus filiis quos in castris habuit, duos mori iam ante
uiderat, cum tertio ipso interfectus est. His factum est
ut amicis suis terrori iam Alexander esset, maxime Antipatro,
qui et missis nuntiis, occultum foedus cum Aetolis
iniit; nam hi Alexandrum ob excidium Oeniadarum metuebant :
quo is audito non Oeniadarum liberos, sed se ab
Aetolis supplicium sumpturum affirmauerat.
| [49] XLIX. Philotas, qui ne se doutait pas du piége qu'on lui avait tendu, vivait
avec Antigone dans la même intimité, et par ressentiment ou par vaine gloire, il tenait tous les
jours, sur le compte du roi, les propos les plus indiscrets. Alexandre, quoiqu'il eût de fortes délations
contre Philotas, attendit cependant encore avec patience sans rien dire, soit par la confiance
qu'il avait dans l'attachement de Parménion pour son roi, soit qu'il craignît la réputation et la puissance
de l'un et de l'autre.
Vers ce même temps, un Macédonien nommé Lymnus, de la ville de Chalestra,
forma contre Alexandre une conspiration dans laquelle il voulut faire entrer un jeune homme appelé
Nicomachus, qu'il aimait avec passion. Ce jeune homme s'y étant refusé, fit part de ce complot
à son frère Balinus, qui sur-le-champ alla trouver Philotas, et le pressa de les introduire
auprès d'Alexandre, à qui ils avaient à communiquer des choses importantes, dont il fallait qu'il
fût promptement instruit. Philotas, je ne sais pourquoi, car on n'a sur cela rien de certain, refusa
de les y conduire, sous prétexte que le roi avait des affaires de plus grande importance. Un second
refus leur rendit Philotas suspect, et ils s'adressèrent à un autre officier d'Alexandre, qui les introduisit
chez le prince. Ils lui découvrirent d'abord la conjuration de Lymnus, et lui parlèrent ensuite,
comme en passant, du peu d'attention que Philotas avait donnée aux instances qu'ils lui avaient
faites par deux fois de les présenter au roi. Alexandre fut très irrité de ce double refus; mais quand
on vint lui dire que l'officier chargé d'arrêter Lymnus l'avait tué, parce qu'il s'était mis en défense,
il fut encore plus troublé par la pensée que cette mort lui enlevait les preuves de la
conspiration. Son ressentiment contre Philotas enhardit ceux qui haïssaient depuis longtemps cet
officier; ils commencèrent à dire ouvertement que c'était, de la part du roi, une négligence étonnante,
de croire qu'un Lymnus, un misérable Chalestrien, eût formé seul une entreprise si hardie;
qu'il n'était que le ministre ou plutôt l'instrument passif d'une main plus puissante; qu'il fallait,
pour trouver la source de la conjuration, remonter à ceux qui avaient eu tant d'intérêt à la tenir secrète.
Quand ils virent qu'Alexandre ouvrait l'oreille aux soupçons qu'on voulait lui donner, ils
accumulerent tant d'accusations contre Philotas, qu'il fut arrêté, et appliqué à la torture en présence
des courtisans : Alexandre lui-même était caché derrière une tapisserie, d'où il pouvait tout
entendre. Comme Philotas faisait à Héphestion les prières les plus basses, pour le conjurer d'avoir
pitié de lui : «Comment, dit Alexandre, avec tant de mollesse et de lâcheté, as-tu pu, Philotas,
concevoir un projet si audacieux?» Philotas n'eût pas été plutôt mis à mort, qu'Alexandre
envoya des gens en Médie pour faire mourir Parménion, ce général qui avait eu tant de part aux
exploits de Philippe; qui, seul, ou du moins plus qu'aucun des anciens amis de ce prince, avait
excité Alexandre à passer en Asie; qui, de trois fils qu'il avait à l'armée, après en avoir vu mourir
deux avant lui dans les combats, périt avec le troisième. Ces cruelles exécutions rendirent Alexandre
redoutable à la plupart de ses amis, et surtout a Antipater, qui dépêcha secrètement vers les Étoliens,
pour faire alliance avec eux. Ce peuple craignait Alexandre, parce que ce prince, en apprenant
qu'ils avaient ruiné la ville des Éniades, avait dit que ce ne seraient pas les enfants des
Éniades, mais lui-même qui punirait les Étoliens.
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