HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

Plutarque, Vie d'Alexandre

Chapitre 59

  Chapitre 59

[59] δὲ Ταξίλης λέγεται μὲν τῆς Ἰνδικῆς ἔχειν μοῖραν
οὐκ ἀποδέουσαν Αἰγύπτου τὸ μέγεθος, εὔβοτον δὲ καὶ
καλλίκαρπον ἐν τοῖς μάλιστα, σοφὸς δέ τις ἀνὴρ εἶναι
καὶ τὸν Ἀλέξανδρον ἀσπασάμενος "τί δεῖ πολέμων"
φάναι "καὶ μάχης ἡμῖν Ἀλέξανδρε πρὸς ἀλλήλους, εἰ
μήθ´ ὕδωρ ἀφαιρησόμενος ἡμῶν ἀφῖξαι, μήτε τροφὴν
ἀναγκαίαν, ὑπὲρ ὧν μόνων ἀνάγκη διαμάχεσθαι νοῦν
ἔχουσιν ἀνθρώποις; τοῖς δ´ ἄλλοις χρήμασι καὶ κτήμασι
λεγομένοις, εἰ μέν εἰμι κρείττων, ἕτοιμος εὖ ποιεῖν, εἰ
δ´ ἥττων, οὐ φεύγω χάριν ἔχειν εὖ παθών". ἡσθεὶς οὖν
Ἀλέξανδρος καὶ δεξιωσάμενος αὐτόν, " που νομίζεις"
ἔφη "δίχα μάχης ἔσεσθαι τὴν ἔντευξιν ἡμῖν ἀπὸ τοιούτων
λόγων καὶ φιλοφροσύνης; ἀλλ´ οὐδέν σοι πλέον? ἐγὼ γὰρ
ἀγωνιοῦμαι πρὸς σὲ καὶ διαμαχοῦμαι ταῖς χάρισιν, ὥς
μου χρηστὸς ὢν μὴ περιγένῃ". λαβὼν δὲ δῶρα πολλὰ καὶ
δοὺς πλείονα, τέλος χίλια τάλαντα νομίσματος αὐτῷ
προέπιεν? ἐφ´ οἷς τοὺς μὲν φίλους ἰσχυρῶς ἐλύπησε, τῶν
δὲ βαρβάρων πολλοὺς ἐποίησεν ἡμερωτέρως ἔχειν πρὸς αὐτόν.
Ἐπεὶ δὲ τῶν Ἰνδῶν οἱ μαχιμώτατοι μισθοφοροῦντες ἐπεφοίτων
ταῖς πόλεσιν ἐρρωμένως ἀμύνοντες, καὶ πολλὰ τὸν
Ἀλέξανδρον ἐκακοποίουν, σπεισάμενος ἔν τινι πόλει πρὸς
αὐτούς, ἀπιόντας ἐν ὁδῷ λαβὼν ἅπαντας ἀπέκτεινε. καὶ
τοῦτο τοῖς πολεμικοῖς ἔργοις αὐτοῦ, τὰ ἄλλα νομίμως
καὶ βασιλικῶς πολεμήσαντος, ὥσπερ κηλὶς πρόσεστιν.
Οὐκ ἐλάσσονα δὲ τούτων οἱ φιλόσοφοι πράγματα παρέσχον
αὐτῷ, τούς τε προστιθεμένους τῶν βασιλέων κακίζοντες,
καὶ τοὺς ἐλευθέρους δήμους ἀφιστάντες. διὸ
καὶ τούτων πολλοὺς ἐκρέμασε.
[59] LIX. Porro Taxiles Indiae sub se partem habuisse traditur AEgypto haud minorem et cum primis pabuli frugumque fertilem. Homo ipse sapiens fuit, et quum salutasset Alexandrum, ita allocutus est : Quid nobis, o Alexander, bello inuicem pugnaque opus est , si neque aquam nobis neque uictum necessarium ereptum uenis, quae sola hominibus cordatis pugnandi necessitatem imponunt ? Ceteris seu opibus seu diuitiis si te praesto, paratus sum tibi bene facere; sin iis te inferior sum, affectus beneficio gratias agere non recuso. (2) Gratum hoc Alexandro fuit, dataque dextra : An tu existimas, inquit, nostro hoc congressu amicitiaeque iunctione certamen omne exclusum? Sed nihil agis. Ego enim tecum beneficiis certabo, ne bonitate me uincas. Multis inde acceptis donis, quum plura dedisset, ad extremum mille pecuniae talenta ei propinauit; quod factum grauissime amicis doluit, barbarorum autem multorum fauorem Alexandro conciliauit. (3) Indorum bellicosissimi stipendia merentes per orbes circumibant easque summa ui tuebantur Alexandroque plurimum incommodabant; hos Alexander, pacto secum inito, ex orbe quadam discedentes in itinere adortus uniuersos interfecit. Quod eius facinus ceteris rebus iuste et regi conuenienter gestis quasi maculam inussit. Haud pauciores ei molestias etiam philosophi exhibebant, reges qui se ei dedidissent culpantes, liberos que populos ad defectionem trahentes; itaque horum multos suspendio affecit. [59] LIX. T'axile possédait, dit-on, dans l'Inde, un royaume aussi grand que l'Égypte, très abondant en pâturages et en fruits excellents. C'était un prince sage, qui étant allé trouver Alexandre, lui dit, après l'avoir salué : «Qu'avons-nous besoin, Alexandre, de nous faire la guerre, si tu n'es pas venu pour nous ôter l'eau et ce qui est nécessaire à notre nourriture? Ce sont les seules choses qui puissent forcer les hommes à combattre les uns contre les autres. Pour les richesses et les autres biens, si j'en ai plus que toi, je suis prêt à t'en faire part; si j'en ai moins, je n'aurai pas honte de recevoir de tes bienfaits, et je les accepterai avec reconnaissance.» Alexandre fut ravi de sa franchise, et lui dit en l'embrassant : «Crois-tu donc, Taxile, que, pour ces belles paroles et ces témoignages de confiance, notre entrevue se passera sans combat? Non, tu n'y auras rien gagné : je veux combattre avec toi jusqu'à l'extrémité, mais par des bienfaits; et je ne prétends pas être vaincu en générosité.» Il reçut de Taxile de riches présents, lui en fit de plus considérables; et enfin, dans un souper, il lui porta pour santé mille talents d'argent monnayé. Un pareil don déplut aux courtisans d'Alexandre; mais il lui gagna l'affection de la plupart des Barbares. Les plus aguerris des Indiens avaient coutume de vivre de la solde des villes voisines, qu'ils défendaient avec le plus grand courage. Ils faisaient souvent beaucoup de mal à Alexandre, qui finit par leur accorder une capitulation honnête, à condition qu'ils sortiraient d'une ville où ils s'étaient renfermés. Comme ils se retiraient, il les surprit dans leur marche, et les fit tous passer au fil de l'épée. Cette perfidie est une grande tache sur la vie militaire d'Alexandre, qui jusqu'alors avait fait la guerre en grand roi, et suivant les lois qu'elle prescrit. Les philosophes du pays ne lui suscitèrent pas moins d'affaires que ces Indiens, soit en décriant les princes qui s'étaient unis à lui, soit en soulevant les peuples libres : aussi en fit-il pendre plusieurs.


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Dernière mise à jour : 8/02/2005