| [39] Ἐκ τούτου κατέπλευσε μὲν Ἀντώνιος, ἀπὸ Βρεντεσίου
τὰς δυνάμεις ἄγων, θαρρήσας δὲ Καῖσαρ προὐκαλεῖτο
Πομπήϊον, ἱδρυμένον ἐν καλῷ καὶ χορηγούμενον
ἔκ τε γῆς καὶ θαλάττης ἀποχρώντως, αὐτὸς ἐν οὐκ
ἀφθόνοις διάγων κατ´ ἀρχάς, ὕστερον δὲ καὶ σφόδρα
πιεσθεὶς ἀπορίᾳ τῶν ἀναγκαίων, ἀλλὰ ῥίζαν τινὰ κόπτοντες
οἱ στρατιῶται καὶ γάλακτι φυρῶντες προσεφέροντο,
καί ποτε καὶ διαπλάσαντες ἐξ αὐτῆς ἄρτους
καὶ ταῖς προφυλακαῖς τῶν πολεμίων ἐπιδραμόντες ἔβαλλον
εἴσω καὶ διερρίπτουν, ἐπιλέγοντες ὡς ἄχρι ἂν
ἡ γῆ τοιαύτας ἐκφέρῃ ῥίζας, οὐ παύσονται πολιορκοῦντες
Πομπήϊον. ὁ μέντοι Πομπήϊος οὔτε τοὺς ἄρτους οὔτε
τοὺς λόγους εἴα τούτους ἐκφέρεσθαι πρὸς τὸ πλῆθος·
ἠθύμουν γὰρ οἱ στρατιῶται, τὴν ἀγριότητα καὶ τὴν
ἀπάθειαν τῶν πολεμίων ὥσπερ θηρίων ὀρρωδοῦντες.
Ἀεὶ δέ τινες περὶ τοῖς ἐρύμασι τοῖς Πομπηΐου μάχαι σποράδες
ἐγίγνοντο, καὶ περιῆν πάσαις ὁ Καῖσαρ πλὴν μιᾶς, ἐν ᾗ
τροπῆς γενομένης μεγάλης ἐκινδύνευσεν μὲν ἀπολέσαι τὸ
στρατόπεδον. Πομπηΐου γὰρ προσβαλόντος οὐδεὶς ἔμεινεν,
ἀλλὰ καὶ τάφροι κατεπίμπλαντο κτεινομένων, καὶ περὶ
τοῖς αὑτῶν χαρακώμασι καὶ περιτειχίσμασιν ἔπιπτον
ἐλαυνόμενοι προτροπάδην. Καῖσαρ δ´ ὑπαντιάζων ἐπειρᾶτο
μὲν ἀναστρέφειν τοὺς φεύγοντας, ἐπέραινε δ´ οὐδέν, ἀλλ´
ἐπιλαμβανομένου τῶν σημείων ἀπερρίπτουν οἱ κομίζοντες,
ὥστε δύο καὶ τριάκοντα λαβεῖν τοὺς πολεμίους, αὐτὸς δὲ
παρὰ μικρὸν ἦλθεν ἀποθανεῖν. ἀνδρὶ γὰρ μεγάλῳ καὶ
ῥωμαλέῳ φεύγοντι παρ´ αὐτὸν ἐπιβαλὼν τὴν χεῖρα, μένειν
ἐκέλευσε καὶ στρέφεσθαι πρὸς τοὺς πολεμίους· ὁ δὲ μεστὸς
ὢν ταραχῆς παρὰ τὸ δεινόν, ἐπήρατο τὴν μάχαιραν ὡς
καθιξόμενος, φθάνει δ´ ὁ τοῦ Καίσαρος ὑπασπιστὴς
ἀποκόψας αὐτοῦ τὸν ὦμον. οὕτω δ´ ἀπέγνω τὰ καθ´
αὑτόν, ὥστ´ ἐπεὶ Πομπήϊος ὑπ´ εὐλαβείας τινὸς ἢ τύχης
ἔργῳ μεγάλῳ τέλος οὐκ ἐπέθηκεν, ἀλλὰ καθείρξας εἰς τὸν
χάρακα τοὺς φεύγοντας ἀνεχώρησεν, εἶπεν ἄρα πρὸς τοὺς
φίλους ἀπιὼν ὁ Καῖσαρ· „σήμερον ἂν ἡ νίκη παρὰ τοῖς
πολεμίοις ἦν, εἰ τὸν νικῶντα εἶχον“. αὐτὸς δὲ παρελθὼν
εἰς τὴν σκηνὴν καὶ κατακλιθείς, νύκτα πασῶν ἐκείνην
ἀνιαροτάτην διήγαγεν ἐν ἀπόροις λογισμοῖς, ὡς κακῶς
ἐστρατηγηκώς, ὅτι καὶ χώρας ἐπικειμένης βαθείας καὶ
πόλεων εὐδαιμόνων τῶν Μακεδονικῶν καὶ Θετταλικῶν,
ἐάσας ἐκεῖ περισπάσαι τὸν πόλεμον ἐνταῦθα καθέζοιτο
πρὸς θαλάττῃ, ναυκρατούντων τῶν πολεμίων πολιορκούμενος
τοῖς ἀναγκαίοις μᾶλλον ἢ τοῖς ὅπλοις πολιορκῶν.
Οὕτω δὴ ῥιπτασθεὶς καὶ ἀδημονήσας πρὸς τὴν ἀπορίαν
καὶ χαλεπότητα τῶν παρόντων, ἀνίστη τὸν στρατόν,
ἐπὶ Σκιπίωνα προάγειν εἰς Μακεδονίαν ἐγνωκώς· ἢ
γὰρ ἐπισπάσεσθαι Πομπήϊον, ὅπου μαχεῖται μὴ χορηγούμενος
ὁμοίως ἀπὸ τῆς θαλάττης, ἢ περιέσεσθαι
μεμονωμένου Σκηπίωνος.
| [39] (1) Antoine étant arrivé bientôt après avec les troupes de Brindes,
César, plein de confiance, présenta le combat à Pompée, qui, placé dans un
poste avantageux, tirait abondamment de la terre et de la mer toutes ses
provisions, tandis que César, qui n'en avait pas d'abord en abondance, se
trouva bientôt réduit à manquer des choses les plus nécessaires. (2) Ses
soldats, pour se nourrir, pilaient une certaine racine qu'ils détrempaient
avec du lait ; quelquefois même ils en faisaient du pain ; et, s'avançant
jusqu'aux premiers postes des ennemis, ils jetaient de ces pains dans leurs
retranchements, en leur disant que tant que la terre produirait de ces
racines, ils ne cesseraient pas de tenir Pompée assiégé. (3) Pompée
défendit qu'on rapportât ces discours dans son camp, et qu'on y montrât ces
pains ; il craignait l'entier découragement de ses soldats, qu'il voyait
redouter déjà la dureté et l'insensibilité farouche de leurs ennemis, qui
comme des bêtes sauvages supportaient patiemment les plus grandes
privations. (4) Il se faisait chaque jour, près du camp de Pompée, des
escarmouches, où César avait toujours l'avantage ; une fois seulement ses
troupes furent mises en déroute, et il se vit en danger de perdre son camp.
(5) Pompée les ayant attaquées avec vigueur, aucun des corps de César ne
tint ferme, ils prirent tous la fuite ; on en fit un si grand carnage, que
les tranchées furent couvertes de morts, et ils furent poursuivis jusque
dans leurs lignes et leurs retranchements. (6) César courut au-devant des
fuyards, pour les ramener au combat ; et voyant ses efforts inutiles, il
saisit les drapeaux des enseignes, afin de les arrêter ; mais ils les
jetaient à terre, et trente-deux tombèrent au pouvoir de l'ennemi. César
lui-même manqua d'y périr ; (7) il avait voulu retenir un soldat, grand et
robuste, qui fuyait comme les autres, et l'obliger de faire face à l'ennemi
: cet homme, troublé par le danger, et hors de lui-même, leva l'épée pour
le frapper ; mais l'écuyer de César le prévint, et d'un coup d'épée il lui
abattit l'épaule. (8) César croyait déjà tout perdu ; et lorsque Pompée, ou
par un excès de précaution, ou par un caprice de la fortune, eut manqué de
conduire à son terme un si heureux commencement ; que, satisfait d'avoir
obligé les fuyards de se renfermer dans leur camp, il se fut retiré, César,
en s'en retournant, dit à ses amis : « La victoire était aujourd'hui
assurée aux ennemis, si leur chef avait su vaincre. » (9) Après être rentré
dans sa tente, il se coucha, et passa la nuit dans la plus cruelle
inquiétude, livré à de tristes réflexions ; il se reprochait la faute qu'il
avait faite, lorsque, ayant devant lui un pays abondant, et les villes
opulentes de la Macédoine et de la Thessalie, au lieu d'attirer la guerre
dans ces belles contrées, il s'était campé sur les bords de la mer, dont
les ennemis étaient les maîtres, et où il était lui-même bien plus assiégé
par la disette, qu'il n'assiégeait Pompée par les armes. (10) Déchiré par
ces réflexions, tourmenté du défaut de vivres, et de la situation fâcheuse
dans laquelle il se trouvait, il leva son camp, résolu d'aller, dans la
Macédoine, combattre Scipion ; (11) il espérait ou attirer Pompée sur ses
pas, et l'obliger de combattre dans un pays qui ne lui donnerait pas la
facilité de tirer ses provisions par mer, ou opprimer aisément Scipion, si
Pompée l'abandonnait.
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