|
 |
| [3,21] καὶ πλείω διῄειν ἂν τοῦ ἀνδρός, εἰ μὴ ἐς ἔπαινον ὤκνουν
ἑαυτοῦ καθίστασθαι, εἰμὶ γάρ σοι ἐκεῖνος, τουτὶ
δὲ ἐδήλωσα γεγονὼς ἔτη τέτταρα· ἑπτὰ γάρ ποτε
ἀδαμάντινα τοῦ Γάγγου τούτου ξίφη ἐς γῆν πήξαντος
ὑπὲρ τοῦ μηδὲν δεῖμα ἐμπελάζειν τῇ χώρᾳ καὶ
τῶν θεῶν θύειν μὲν κελευόντων ἥκοντας, οὗ πέπηγε
ταῦτα, τὸ δὲ χωρίον οὐκ ἐξηγουμένων, ἐν ᾧ ἐπεπήγει,
παῖς ἐγὼ κομιδῇ τυγχάνων ἤγαγον τοὺς ἐξηγητὰς
ἐπὶ τάφρον καὶ ὀρύττειν προσέταξα ἐκεῖ φήσας
κατατεθεῖσθαι αὐτά.
| [3,21] Je vous rapporterais bien d'autres actes de Gange,
si je ne craignais de m'arrêter à me louer moi-même : car
je suis ce Gange. Je l'ai bien prouvé, alors que je n'avais
encore que quatre ans. Gange avait enfoncé en terre sept
épées d'acier, afin qu'aucune terreur n'approchai jamais
de cette contrée ; un jour les Dieux ordonnèrent de faire
un sacrifice à l'endroit où étaient enfoncées ces épées,
sans indiquer cet endroit; moi, qui n'étais encore qu'un
petit enfant, je conduisis les interprètes de la parole divine
à un fossé, et leur dis qu'ils pouvaient faire creuser en
cet endroit, que là étaient déposées les épées.
| | [3,22] καὶ μήπω θαυμάσῃς τοὐμόν,
εἰ ἐξ Ἰνδοῦ ἐς Ἰνδὸν διεδόθην· οὗτος γὰρ“ δείξας
τι μειράκιον εἴκοσί που γεγονὸς ἔτη „πέφυκε μὲν
πρὸς φιλοσοφίαν ὑπὲρ πάντας ἀνθρώπους, ἔρρωται
δέ, ὡς ὁρᾷς, καὶ κατεσκεύασται γενναίως τὸ σῶμα,
καρτερεῖ δὲ πῦρ καὶ τομὴν πᾶσαν, καὶ τοιόσδε ὢν
ἀπεχθάνεται τῇ φιλοσοφίᾳ.“ „τί οὖν,“ εἶπεν „ὦ
Ἰάρχα, τὸ μειρακίου πάθος; δεινὸν γὰρ λέγεις, εἰ
ξυντεταγμένος οὕτως ὑπὸ τῆς φύσεως μὴ ἀσπάζεται
τὴν φιλοσοφίαν, μηδὲ ἐρᾷ τοῦ μανθάνειν καὶ ταῦτα
ὑμῖν ξυνών.“ „οὐ ξύνεστιν,“ εἶπεν „ἀλλ´ ὥσπερ
οἱ λέοντες, ἄκων εἴληπται, καὶ καθεῖρκται μέν, ὑποβλέπει
δὲ ἡμῶν τιθασευόντων αὐτὸν καὶ καταψώντων.
γέγονε μὲν οὖν τὸ μειράκιον τοῦτο Παλαμήδης
ὁ ἐν Τροίᾳ, κέχρηται δὲ ἐναντιωτάτοις Ὀδυσσεῖ καὶ
Ὁμήρῳ, τῷ μὲν ξυνθέντι ἐπ´ αὐτὸν τέχνας, ὑφ´
ὧν κατελιθώθη, τῷ δὲ οὐδὲ ἔπους αὐτὸν ἀξιώσαντι.
καὶ ἐπειδὴ μήθ´ ἡ σοφία αὐτόν τι, ἣν εἶχεν, ὤνησε,
μήτε Ὁμήρου ἐπαινέτου ἔτυχεν, ὑφ´ οὗ πολλοὶ καὶ
τῶν μὴ πάνυ σπουδαίων ἐς ὄνομα ἤχθησαν, Ὀδυσσέως
τε ἥττητο ἀδικῶν οὐδέν, διαβέβληται πρὸς φιλοσοφίαν
καὶ ὀλοφύρεται τὸ ἑαυτοῦ πάθος. ἔστι
δὲ οὗτος Παλαμήδης, ὃς καὶ γράφει μὴ μαθὼν γράμματα.“
| [3,22] Que moi, Indien, je sois passé dans un Indien,
il n'y a encore là rien d'étonnant; mais voyez celui-ci (il
montrait un jeune homme de vingt ans environ) : il est
mieux doué que personne pour la philosophie. De plus, il
a une constitution robuste, comme vois voyez, son corps
est des plus vigoureux, il ne craint ni le feu ni les blessures;
et avec tout cela il ne peut sentir la philosophie.
— Que veut dire cela? demanda Apollonius. Quoi! un
homme ainsi favorisé par la nature, ne pas embrasser la
philosophie, ne pas être épris du savoir, et cela quand il
vit avec vous ! — Ce n'est pas avec nous qu'il vit. Il est
comme un lion captif; il se sent prisonnier chez nous, et
bien que nous le caressions pour l'apprivoiser, il nous
regarde avec colère. Ce jeune homme a été Palamède,
l'un des héros du siège de Troie : ses grands ennemis
sont Ulysse et Homère, le premier qui a ourdi contre lui
un complot et l'a fait lapider, le second qui n'a pas même
daigné lui consacrer un vers. Aussi, comme sa science
(car il était savant) ne lui a servi à rien, et ne lui a pas
même valu les éloges d'Homère, qui a rendu célèbres
même des hommes peu dignes de la célébrité, comme il a
été écrasé par Ulysse, auquel il n'avait fait aucun mal, il
parle fort mal de la philosophie et déplore son infortune.
Voilà ce Palamède, qui écrit sans avoir jamais appris à écrire. »
| |  |