| [19] Καῖσαρ δὲ Κικέρωνι μὲν οὐκέτι προσεῖχε, τῆς
ἐλευθερίας ὁρῶν περιεχόμενον, Ἀντώνιον δὲ προὐκαλεῖτο διὰ
τῶν φίλων εἰς διαλύσεις. καὶ συνελθόντες οἱ τρεῖς εἰς νησῖδα
ποταμῷ περιρρεομένην, ἐπὶ τρεῖς ἡμέρας (2) συνήδρευσαν. καὶ
τἆλλα μὲν ἐπιεικῶς ὡμολογεῖτο, καὶ διενείμαντο τὴν
σύμπασαν ἀρχὴν ὥσπερ οὐσίαν πατρῴαν ἐν ἀλλήλοις, ἡ δὲ
περὶ τῶν ἀπολουμένων ἀνδρῶν ἀμφισβήτησις αὐτοῖς πλεῖστα
πράγματα παρέσχε, τοὺς μὲν ἐχθροὺς ἀνελεῖν ἑκάστου, σῶσαι
δὲ τοὺς προσήκοντας (3) ἀξιοῦντος. τέλος δὲ τῇ πρὸς τοὺς
μισουμένους ὀργῇ καὶ συγγενῶν τιμὴν καὶ φίλων εὔνοιαν
προέμενοι, Κικέρωνος μὲν Ἀντωνίῳ Καῖσαρ ἐξέστη, τούτῳ δ'
Ἀντώνιος Λευκίου Καίσαρος, ὃς ἦν θεῖος αὐτῷ πρὸς μητρός·
ἐδόθη δὲ καὶ Λεπίδῳ Παῦλον ἀνελεῖν τὸν ἀδελφόν· οἱ δέ φασιν
ἐκστῆναι τοῦ Παύλου τὸν Λέπιδον ἐκείνοις, (4) ἀποθανεῖν
αὐτὸν αἰτησαμένοις. οὐδὲν ὠμότερον οὐδ' ἀγριώτερον τῆς
διαμείψεως ταύτης δοκῶ γενέσθαι· φόνων γὰρ
ἀντικαταλλασσόμενοι φόνους, ὁμοίως μὲν οἷς ἐλάμβανον
ἀνῄρουν οὓς ἐδίδοσαν, ἀδικώτεροι δὲ περὶ τοὺς φίλους ἦσαν
οὓς ἀπεκτίννυσαν μηδὲ μισοῦντες.
| [19] XX. César, voyant que toutes les pensées de Cicéron étaient pour la liberté,
se sépara de lui, et fit faire à Antoine, par ses amis,
des propositions d'accommodement. Ils s'assemblèrent tous trois, César, Antoine
et Lépidus, dans une petite île, au milieu de la rivière : là, ils furent bientôt d'accord
sur le partage de l'empire, qu'ils divisèrent entre eux comme
une succession paternelle; mais ils disputèrent longtemps sur les proscriptions qu'ils
avaient résolues ; chacun voulait faire périr ses ennemis, et sauver ses amis ou ses
parents. La haine enfin l'ayant emporté sur les droits du sang et de l'amitié, César
sacrifia Cicéron à Antoine, qui de son côté lui abandonna Lucius César, son oncle
maternel; et tous deux laissèrent Lépidus placer son frère Paulus sur la liste des
proscrits. D'autres disent que Lépidus leur sacrifia son frère, dont ils avaient exigé la
mort. Je ne crois pas qu'il se soit jamais rien fait de plus inhumain ni de plus féroce
qu'un pareil échange : en obtenant ainsi le meurtre par le meurtre, ils n'étaient pas
moins les meurtriers de ceux qu'ils abandonnaient aux autres que de ceux qu'on leur
sacrifiait : mais c'était le comble de l'injustice que de livrer au fer des autres leurs
propres amis, sans avoir contre eux aucun motif de haine.
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