| [29] Ἡ δὲ Κλεοπάτρα τὴν κολακείαν οὐχ ὥσπερ ὁ Πλάτων
φησὶ τετραχῇ, πολλαχῇ δὲ διελοῦσα, καὶ σπουδῆς ἁπτομένῳ
καὶ παιδιᾶς ἀεί τινα καινὴν ἡδονὴν ἐπιφέρουσα καὶ χάριν, (ᾗ)
διεπαιδαγώγει τὸν Ἀντώνιον οὔτε (2) νυκτὸς οὔθ' ἡμέρας
ἀνιεῖσα. καὶ γὰρ συνεκύβευε καὶ συνέπινε καὶ συνεθήρευε καὶ
γυμναζόμενον ἐν ὅπλοις ἐθεᾶτο, καὶ νύκτωρ προσισταμένῳ
θύραις καὶ θυρίσι δημοτῶν καὶ σκώπτοντι τοὺς ἔνδον
συνεπλανᾶτο καὶ συνήλυε, (3) θεραπαινιδίου στολὴν
λαμβάνουσα. καὶ γὰρ ἐκεῖνος οὕτως ἐπειρᾶτο σκευάζειν
ἑαυτόν. ὅθεν ἀεὶ σκωμμάτων, πολλάκις δὲ καὶ πληγῶν
ἀπολαύσας ἐπανήρχετο· τοῖς δὲ πλείστοις (4) ἦν δι' ὑπονοίας.
οὐ μὴν ἀλλὰ προσέχαιρον αὐτοῦ τῇ βωμολοχίᾳ καὶ συνέπαιζον
οὐκ ἀρρύθμως οὐδ' ἀμούσως οἱ Ἀλεξανδρεῖς, ἀγαπῶντες καὶ
λέγοντες ὡς τῷ τραγικῷ πρὸς τοὺς Ῥωμαίους χρῆται προσώπῳ,
τῷ δὲ κωμικῷ (5) πρὸς αὐτούς. τὰ μὲν οὖν πολλὰ τῶν τόθ' ὑπ'
αὐτοῦ παιζομένων διηγεῖσθαι πολὺς ἂν εἴη φλύαρος· ἐπεὶ δ'
ἁλιεύων ποτὲ καὶ δυσαγρῶν ἤχθετο παρούσης τῆς
Κλεοπάτρας, ἐκέλευσε τοὺς ἁλιεῖς ὑπονηξαμένους κρύφα τῷ
ἀγκίστρῳ περικαθάπτειν ἰχθῦς τῶν προεαλωκότων, καὶ δὶς ἢ
τρὶς (6) ἀνασπάσας οὐκ ἔλαθε τὴν Αἰγυπτίαν. προσποιουμένη
δὲ θαυμάζειν τοῖς φίλοις διηγεῖτο, καὶ παρεκάλει τῇ ὑστεραίᾳ
γενέσθαι θεατάς. ἐμβάντων δὲ πολλῶν εἰς τὰς ἁλιάδας καὶ τοῦ
Ἀντωνίου τὴν ὁρμιὰν καθέντος, ἐκέλευσέ τινα τῶν αὑτῆς
ὑποφθάσαντα καὶ προσνηξάμενον τῷ ἀγκίστρῳ (7) περιπεῖραι
Ποντικὸν τάριχος. ὡς δ' ἔχειν πεισθεὶς ὁ Ἀντώνιος ἀνεῖλκε,
γέλωτος οἷον εἰκὸς γενομένου, "παράδος ἡμῖν" ἔφη "τὸν
κάλαμον αὐτόκρατορ τοῖς Φαρίταις καὶ Κανωβίταις βασιλεῦσιν·
ἡ δὲ σὴ θήρα πόλεις εἰσὶ καὶ βασιλεῖαι καὶ ἤπειροι."
| [29] XXX.
Pour Cléopâtre, elle fit voir que l'art de la flatterie, qui, suivant Platon, ne s'exerce
que de quatre manières différentes, est susceptible d'une infinité de formes. Dans
les affaires sérieuses, et dans les amusements qui partageaient le temps d'Antoine,
elle imaginait toujours quelque nouveau plaisir, quelque nouveau genre d'attrait
pour le divertir. Elle ne le quittait ni jour ni nuit; elle jouait, buvait, chassait avec lui,
et assistait même à ses exercices militaires. La nuit, quand il courait les rues et qu'il
s'arrêtait aux portes et aux fenêtres des simples particuliers pour les plaisanter, elle
l'accompagnait habillée en servante, étant lui-même déguisé en valet : ce qui lui
attirait souvent des injures et quelquefois des coups. Quoiqu'il se rendît par là
suspect aux Alexandrins, ils s'amusaient néanmoins de ses plaisanteries, et y
répondaient même avec assez de finesse; ils aimaient à dire qu'il prenait un masque
tragique pour les Romains, et qu'il gardait pour eux le masque de la comédie. Il
serait long et puéril de rapporter plusieurs de ses traits de plaisanterie ; je n'en citerai
qu'un seul. Il pêchait un jour à la ligne, sans rien prendre; ce qui le mortifiait, parce
que Cléopâtre était présente. Il commanda donc à des pêcheurs d'aller, sans être
aperçus, sous l'eau, attacher à l'hameçon un des poissons qu'ils avaient déjà pris : ils
le firent, et Antoine retira deux ou trois fois sa ligne, chargée d'un poisson.
L'Égyptienne ne fut pas sa dupe : elle feignit d'admirer le bonheur d'Antoine; mais
elle découvrit à ses amis la ruse qu'il avait employée, et les invita de retourner le
lendemain voir la pêche. Quand ils furent tous montés dans des barques, et
qu'Antoine eut jeté sa ligne, elle donna ordre à un de ses gens de prévenir les
pêcheurs d'Antoine, et d'attacher à son hameçon un de ces poissons salés qu'on
apporte du royaume de Pont. Antoine ayant senti sa ligne chargée, la retira; et la vue
de ce poisson salé ayant excité de grands éclats de rire : « Général, lui dit-elle,
laissez-nous la ligne, à nous qui régnons au Phare et à Canope; votre chasse à vous
est de prendre les villes, les rois et les continents. »
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