| [6] Ἐκ τούτου λαβὼν τὴν στρατιὰν ὁ Καῖσαρ εἰς Ἰταλίαν
ἐνέβαλε. διὸ καὶ Κικέρων ἐν τοῖς Φιλιππικοῖς ἔγραψε, τοῦ μὲν
Τρωικοῦ πολέμου τὴν Ἑλένην, τοῦ δ' ἐμφυλίου τὸν Ἀντώνιον
ἀρχὴν γενέσθαι, περιφανῶς (2) ψευδόμενος. οὐ γὰρ οὕτως
εὐχερὴς ἦν οὐδὲ ῥᾴδιος ὑπ' ὀργῆς ἐκπεσεῖν τῶν λογισμῶν Γάιος
Καῖσαρ, ὥστ' εἰ μὴ ταῦτα πάλαι <δι>έγνωστο πράττειν, οὕτως
ἂν ἐπὶ καιροῦ τὸν κατὰ τῆς πατρίδος ἐξενεγκεῖν πόλεμον, ὅτι
φαύλως ἠμφιεσμένον εἶδεν Ἀντώνιον καὶ Κάσσιον ἐπὶ ζεύγους
μισθίου πεφευγότας πρὸς αὐτόν, ἀλλὰ ταῦτα πάλαι δεομένῳ
προφάσεως σχῆμα καὶ λόγον εὐπρεπῆ τοῦ πολέμου (3)
παρέσχεν. ἦγε δ' αὐτὸν ἐπὶ πάντας ἀνθρώπους, ἃ καὶ πρότερον
Ἀλέξανδρον καὶ πάλαι Κῦρον, ἔρως ἀπαρηγόρητος ἀρχῆς καὶ
περιμανὴς ἐπιθυμία τοῦ πρῶτον εἶναι καὶ μέγιστον· ὧν τυχεῖν
οὐκ ἦν μὴ Πομπηίου καταλυθέντος. (4) ὡς δ' οὖν ἐπελθὼν
ἐκράτησε τῆς Ῥώμης καὶ Πομπήιον ἐξήλασε τῆς Ἰταλίας, καὶ
πρὸς τὰς ἐν Ἰβηρίᾳ Πομπηίου δυνάμεις ἐπιστρέφειν ἔγνω
πρότερον, εἶθ' οὕτως παρασκευασάμενος στόλον ἐπὶ Πομπήιον
διαβαίνειν, Λεπίδῳ μὲν στρατηγοῦντι τὴν Ῥώμην, Ἀντωνίῳ δὲ
δημαρχοῦντι τὰ στρατεύματα καὶ τὴν Ἰταλίαν (5) ἐπέτρεψεν. ὁ
δὲ τοῖς μὲν στρατιώταις εὐθὺς προσφιλὴς ἦν, συγγυμναζόμενος
καὶ συνδιαιτώμενος τὰ πολλὰ καὶ δωρούμενος ἐκ τῶν
παρόντων, τοῖς δ' ἄλλοις ἐπαχθής. (6) καὶ γὰρ ἀδικουμένων ὑπὸ
ῥᾳθυμίας ὠλιγώρει, καὶ πρὸς ὀργὴν ἠκροᾶτο τῶν
ἐντυγχανόντων, καὶ κακῶς ἐπὶ γυναιξὶν (7) ἀλλοτρίαις ἤκουε.
καὶ ὅλως τὴν Καίσαρος ἀρχήν, πάντα μᾶλλον ἢ τυραννίδα δι'
αὐτὸν ἐκεῖνον φανεῖσαν, οἱ φίλοι διέβαλλον, ὧν Ἀντώνιος ἀπ'
ἐξουσίας μεγίστης ἁμαρτάνειν μέγιστα δόξας τὴν πλείστην
αἰτίαν ἔλαβεν.
| [6] A l'instant César se met en marche avec son armée, et entre en Italie; ce qui a fait
dire à Cicéron, dans ses Philippiques, que comme Hélène avait été la cause de la
guerre de Troie, de même Antoine avait allumé le feu de la guerre civile : mais c'est
une fausseté manifeste. César n'était pas si emporté, et ne se laissait pas entraîner si
facilement par la colère hors de ses mesures, qu'il se fût déterminé sur-le-champ, s'il
n'en avait eu déjà le dessein, à porter la guerre au sein de sa patrie, parce qu'il
voyait arriver Antoine et Cassius avec de méchants habits et dans une voiture de
louage. Il en cherchait depuis longtemps le prétexte; et il crut l'avoir trouvé dans le
rapport qu'ils lui firent. Il entreprit une guerre générale par le même motif qui avait
autrefois fait prendre les armes à Alexandre, et plus anciennement à Cyrus; par ce
désir insatiable de commander, par cette incurable cupidité d'être le premier et le
plus grand des hommes; et César ne pouvait y parvenir que par la ruine de Pompée.
VIII. César s'étant, à son arrivée, rendu maître de Rome, et ayant chassé Pompée de
l'Italie, résolut de marcher d'abord en Espagne contre les troupes qui tenaient pour
le parti contraire; et ensuite d'équiper une flotte pour aller à la poursuite de Pompée.
Il remit donc entre les mains de Lépidus le gouvernement de la ville, et commit
Antoine, alors tribun du peuple, à la garde de l'Italie, avec le commandement des
troupes. Antoine se fit aimer des soldats, en s'exerçant et en mangeant le plus
souvent avec eux, en leur faisant toutes les largesses que lui permettait sa fortune;
mais il se rendit insupportable à tous ses autres concitoyens, parce que sa paresse lui
faisait voir avec indifférence les injustices qu'ils éprouvaient, qu'il s'emportait même
contre ceux qui venaient s'en plaindre, et qu'il ne respectait pas les femmes de
condition libre. Aussi fut-il cause que la domination de César, qui en soi n'était rien
moins qu'une tyrannie, devint odieuse par la faute de ses amis; et Antoine, dont les
désordres paraissaient d'autant plus grands qu'il avait plus de puissance, était celui
qu'on blâmait davantage.
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