| [69] Ἀντώνιος δὲ Λιβύης ἁψάμενος, καὶ Κλεοπάτραν εἰς
Αἴγυπτον ἐκ Παραιτονίου προπέμψας, αὐτὸς ἀπέλαυεν ἐρημίας
ἀφθόνου, σὺν δυσὶ φίλοις ἀλύων καὶ πλανώμενος, Ἕλληνι μὲν
Ἀριστοκράτει ῥήτορι, Ῥωμαίῳ δὲ Λουκιλίῳ, (2) περὶ οὗ δι'
ἑτέρων γεγράφαμεν, ὡς ἐν Φιλίπποις ὑπὲρ τοῦ διαφυγεῖν
Βροῦτον αὐτὸς αὑτὸν ὡς δὴ Βροῦτος ὢν ἐνεχείρισε τοῖς
διώκουσι, καὶ διασωθεὶς ὑπ' Ἀντωνίου, διὰ τοῦτο πιστὸς αὐτῷ
καὶ βέβαιος ἄχρι τῶν (3) ἐσχάτων καιρῶν παρέμεινεν. ἐπεὶ δὲ
καὶ τὴν ἐν Λιβύῃ δύναμιν ὁ πεπιστευμένος ἀπέστησεν,
ὁρμήσας ἑαυτὸν ἀνελεῖν, καὶ διακωλυθεὶς ὑπὸ τῶν φίλων καὶ
ἀνακομισθεὶς εἰς Ἀλεξάνδρειαν, εὗρε Κλεοπάτραν
ἐπιτολμῶσαν ἔργῳ (4) παραβόλῳ καὶ μεγάλῳ. τοῦ γὰρ
εἴργοντος ἰσθμοῦ τὴν Ἐρυθρὰν ἀπὸ τῆς κατ' Αἴγυπτον
θαλάσσης καὶ δοκοῦντος Ἀσίαν καὶ Λιβύην ὁρίζειν, ᾗ σφίγγεται
μάλιστα τοῖς πελάγεσι καὶ βραχύτατος εὖρός ἐστι, τριακοσίων
σταδίων ὄντων, ἐνεχείρησεν ἄρασα τὸν στόλον
ὑπερνεωλκῆσαι, καὶ καθεῖσα τὰς ναῦς εἰς τὸν Ἀραβικὸν
κόλπον μετὰ χρημάτων πολλῶν καὶ δυνάμεως ἔξω κατοικεῖν,
ἀποφυγοῦσα (5) δουλείαν καὶ πόλεμον. ἐπεὶ δὲ τὰς πρώτας
ἀνελκομένας τῶν νεῶν οἱ περὶ τὴν Πέτραν Ἄραβες
κατέκαυσαν, ἔτι δ' Ἀντώνιος τὸν ἐν Ἀκτίῳ στρατὸν ᾤετο
συμμένειν, ἐπαύσατο καὶ τὰς ἐμβολὰς ἐφύλαττεν.
(6) Ἀντώνιος δὲ τὴν πόλιν ἐκλιπὼν καὶ τὰς μετὰ τῶν φίλων
διατριβάς, οἴκησιν ἔναλον κατεσκεύαζεν αὑτῷ περὶ (7) τὴν
Φάρον, εἰς τὴν θάλασσαν χῶμα προβαλών· καὶ διῆγεν αὐτόθι
φυγὰς ἀνθρώπων, καὶ τὸν Τίμωνος ἀγαπᾶν καὶ ζηλοῦν βίον
ἔφασκεν, ὡς δὴ πεπονθὼς ὅμοια· καὶ γὰρ αὐτὸς ἀδικηθεὶς ὑπὸ
τῶν φίλων καὶ ἀχαριστηθείς, διὰ τοῦτο καὶ πᾶσιν ἀνθρώποις
ἀπιστεῖν καὶ δυσχεραίνειν.
| [69] LXXVII. Antoine ayant pris terre en Afrique, envoya
Cléopâtre de Parétonium en Égypte, et se retira dans une vaste solitude, où il fut
errant et vagabond, accompagné seulement de deux amis, l'un Grec (c'était le
rhéteur Aristocratès), et l'autre Romain, qui était ce Lucius dont nous avons parlé
ailleurs, qui, à la bataille de Philippes, pour donner à Brutus le temps de s'enfuir, se
fit prendre par ceux qui poursuivaient ce général, en disant qu'il était Brutus, et qui,
sauvé par Antoine, en fû si reconnaissant, qu'il lui garda la plus grande fidélité, et
lui resta constamment attaché jusqu'à ses derniers moments. Lorsque Antoine apprit
la défection du commandant à qui il avait confié son armée d'Afrique, il voulut se
donner la mort ; mais ses amis l'en ayant empêché, il se fit porter à Alexandrie, où il
trouva Cléopâtre tout occupée d'une entreprise aussi grande que hardie. Entre la
mer Rouge et la mer d'Égypte, est un isthme qui sépare l'Asie de l'Afrique, et
qui, dans sa partie la plus resserrée entre les deux mers, n'a pas plus de trois cents
stades : elle avait entrepris de faire transporter tous ses vaisseaux par cet isthme,
de les rassembler dans le golfe Arabique avec toutes ses richesses et des forces
considérables, pour chercher à s'établir dans une terre éloignée, où elle fût à l'abri de
la guerre et de la servitude. Mais quand les Arabes qui habitent les environs de
Pétra eurent brûlé les premiers vaisseaux qu'elle avait fait ainsi traîner le long de
l'isthme, voyant qu'Antoine comptait encore sur l'armée qui était près
d'Actium, elle abandonna son entreprise, et fit seulement garder les passages qui,
pouvaient donner entrée dans ses États. LXXVIII. Antoine ayant quitté Alexandrie et
renoncé à tout commerce avec ses amis, fit construire une jetée dans la mer près du
Phare, et y bâtit une retraite, dans laquelle il se proposait de vivre loin de toute
société. Il aimait et voulait imiter, disait-il, la vie de Timon, dont le sort avait été le
même que le sien; l'épreuve qu'il avait faite de l'ingratitude et de l'injustice de ses
amis lui avait donné de la défiance et de la haine contre tous les hommes.
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