| [1] Ἡμεῖς δὲ τὴν πρώτην ἱστορίαν ἀποδεδωκότες, ἔχομεν
οὐκ ἐλάττονα πάθη τούτων ἐν τῇ Ῥωμαϊκῇ συζυγίᾳ θεωρῆσαι,
τὸν Τιβερίου καὶ Γαΐου βίον ἀντιπαραβάλλοντες. οὗτοι
Τιβερίου Γράγχου παῖδες ἦσαν, ᾧ τιμητῇ τε Ῥωμαίων γενομένῳ
καὶ δὶς ὑπατεύσαντι καὶ θριάμβους δύο καταγαγόντι
λαμπρότερον ἦν τὸ ἀπὸ τῆς ἀρετῆς ἀξίωμα. διὸ καὶ τὴν
Σκιπίωνος τοῦ καταπολεμήσαντος Ἀννίβαν θυγατέρα
Κορνηλίαν, οὐκ ὢν φίλος, ἀλλὰ καὶ διάφορος τῷ ἀνδρὶ
γεγονώς, λαβεῖν ἠξιώθη μετὰ τὴν (4) ἐκείνου τελευτήν. λέγεται
δέ ποτε συλλαβεῖν αὐτὸν ἐπὶ τῆς κλίνης ζεῦγος δρακόντων,
τοὺς δὲ μάντεις σκεψαμένους τὸ τέρας, ἄμφω μὲν οὐκ ἐᾶν
ἀνελεῖν οὐδ' ἀφεῖναι, περὶ δ' ἑκατέρου διαιρεῖν, ὡς ὁ μὲν ἄρρην
τῷ Τιβερίῳ φέροι θάνατον ἀναιρεθείς, ἡ δὲ θήλεια τῇ
Κορνηλίᾳ. τὸν οὖν Τιβέριον, καὶ φιλοῦντα τὴν γυναῖκα, καὶ
μᾶλλον αὐτῷ προσήκειν ὄντι πρεσβυτέρῳ τελευτᾶν ἡγούμενον
ἔτι νέας οὔσης ἐκείνης, τὸν μὲν ἄρρενα κτεῖναι τῶν δρακόντων,
ἀφεῖναι δὲ τὴν θήλειαν· εἶθ' ὕστερον οὐ πολλῷ χρόνῳ
τελευτῆσαι, δεκαδύο παῖδας ἐκ τῆς Κορνηλίας αὐτῷ
γεγονότας καταλιπόντα. Κορνηλία δ' ἀναλαβοῦσα τοὺς παῖδας
καὶ τὸν οἶκον, οὕτω σώφρονα καὶ φιλότεκνον καὶ μεγαλόψυχον
αὑτὴν παρέσχεν, ὥστε μὴ κακῶς δόξαι βεβουλεῦθαι τὸν
Τιβέριον ἀντὶ τοιαύτης (7) γυναικὸς ἀποθανεῖν ἑλόμενον· ἥ γε
καὶ Πτολεμαίου τοῦ βασιλέως κοινουμένου τὸ διάδημα καὶ
μνωμένου τὸν γάμον αὐτῆς ἠρνήσατο, καὶ χηρεύουσα τοὺς μὲν
ἄλλους ἀπέβαλε παῖδας, μίαν δὲ τῶν θυγατέρων, ἣ Σκιπίωνι τῷ
νεωτέρῳ συνῴκησε, καὶ δύο υἱοὺς περὶ ὧν τάδε γέγραπται,
Τιβέριον καὶ Γάιον, διαγενομένους οὕτως φιλοτίμως ἐξέθρεψεν,
ὥστε πάντων εὐφυεστάτους Ῥωμαίων ὁμολογουμένως
γεγονότας, πεπαιδεῦσθαι δοκεῖν βέλτιον ἢ πεφυκέναι πρὸς
ἀρετήν.
| [1] Après avoir achevé l'histoire des deux rois de Sparte Agis et Cléomène,
les vies des deux Romains Tibérius et Caïus Gracchus,
que nous allons mettre en parallèle avec eux, ne nous offriront pas des événements
moins funestes à raconter. Ils étaient fils de Tibérius Gracchus, qui, honoré de la
censure, de deux consulats et d'autant de triomphes, tirait de sa propre vertu une
gloire bien supérieure à celle que lui donnaient toutes ces dignités. Aussi, après la
mort de Scipion, le vainqueur d'Annibal, fut-il choisi pour époux de Cornélie, fille
de cet illustre Romain, quoiqu'il n'eût jamais été l'ami du père, et qu'au contraire ils
eussent toujours été en opposition l'un avec l'autre. On raconte qu'un jour il
trouva deux serpents dans son lit; que les devins, après avoir attentivement examiné
ce prodige, lui défendirent de les tuer ou de les lâcher tous les deux; que par
rapport au choix de l'un ou de l'autre, ils lui déclarèrent que s'il tuait le mâle, il
hâterait sa propre mort; et qu'en tuant la femelle, il avancerait celle de Cornélie.
Tibérius, qui aimait tendrement sa femme, et qui pensait d'ailleurs qu'étant déjà
assez âgé, et Cornélie encore jeune, c'était à lui à mourir le premier, tua le mâle, et
lâcha la femelle : il mourut peu de temps après; laissant douze enfants qu'il avait
eus de Cornélie. II. La veuve se mit à la tête de la maison, et se chargea elle-même de
l'éducation de ses enfants; elle fit paraître en tout tant de sagesse, tant de grandeur
d'âme et de tendresse maternelle, qu'il parut que Tibérius avait sagement fait de
préférer sa propre mort à celle d'une femme de ce mérite. Le roi Ptolémée lui ayant
offert de venir partager son diadème, avec le rang et le titre de reine, elle le refusa.
Dans son veuvage, elle perdit le plus grand nombre de ses enfants, et ne conserva
qu'une fille, qui fut mariée au jeune Scipion, et deux fils, Tibérius et Caïus Gracchus,
dont nous écrivons la vie; elle les éleva avec tant de soin, qu'étant, de l'aveu de tout
le monde, les jeunes Romains les plus heureusement nés pour la vertu, leur
excellente éducation parut encore avoir surpassé la nature.
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