| [2] Ἐπεὶ δ', ὥσπερ ἡ τῶν πλασσομένων καὶ γραφομένων
Διοσκούρων ὁμοιότης ἔχει τινὰ τοῦ πυκτικοῦ πρὸς τὸν δρομικὸν
ἐπὶ τῆς μορφῆς διαφοράν, οὕτω τῶν νεανίσκων ἐκείνων ἐν
πολλῇ τῇ πρὸς ἀνδρείαν καὶ σωφροσύνην, ἔτι δ' ἐλευθεριότητα
καὶ λογιότητα καὶ μεγαλοψυχίαν ἐμφερείᾳ μεγάλαι περὶ τὰ
ἔργα καὶ τὰς πολιτείας οἷον ἐξήνθησαν καὶ διεφάνησαν
ἀνομοιότητες, οὐ χεῖρον εἶναί μοι δοκεῖ (2) ταύτας
προεκθέσθαι. πρῶτον μὲν οὖν ἰδέᾳ προσώπου καὶ βλέμματι
κακινήματι πρᾶος καὶ καταστηματικὸς ἦν ὁ Τιβέριος, ἔντονος
δὲ καὶ σφοδρὸς ὁ Γάιος, ὥστε καὶ δημηγορεῖν τὸν μὲν ἐν μιᾷ
χώρᾳ βεβηκότα κοσμίως, τὸν δὲ Ῥωμαίων πρῶτον ἐπὶ τοῦ
βήματος περιπάτῳ τε χρήσασθαι καὶ περισπάσαι τὴν τήβεννον
ἐξ ὤμου λέγοντα, καθάπερ Κλέωνα τὸν Ἀθηναῖον ἱστόρηται
περισπάσαι τε τὴν περιβολὴν καὶ τὸν μηρὸν πατάξαι πρῶτον
τῶν δημηγορούντων· (3) ἔπειθ' ὁ λόγος τοῦ μὲν Γαΐου φοβερὸς
καὶ περιπαθὴς εἰς δείνωσιν, ἡδίων δ' ὁ τοῦ Τιβερίου καὶ μᾶλλον
ἐπαγωγὸς οἴκτου· τῇ δὲ λέξει καθαρὸς καὶ διαπεπονημένος
ἀκριβῶς (4) ἐκεῖνος, ὁ δὲ Γαΐου πιθανὸς καὶ γεγανωμένος. οὕτω
δὲ καὶ περὶ δίαιταν καὶ τράπεζαν εὐτελὴς καὶ ἀφελὴς ὁ
Τιβέριος, ὁ δὲ Γάιος τοῖς μὲν ἄλλοις παραβαλεῖν σώφρων καὶ
αὐστηρός, τῇ δὲ πρὸς τὸν ἀδελφὸν διαφορᾷ νεοπρεπὴς καὶ
περίεργος, ὡς οἱ περὶ Δροῦσον ἤλεγχον ὅτι δελφῖνας ἀργυροῦς
ἐπρίατο τιμῆς εἰς ἑκάστην λίτραν δραχμῶν (5) χιλίων καὶ
διακοσίων πεντήκοντα. τῷ δ' ἤθει κατὰ τὴν τοῦ λόγου
διαφορὰν ὁ μὲν ἐπιεικὴς καὶ πρᾶος, ὁ δὲ τραχὺς καὶ θυμοειδής,
ὥστε καὶ παρὰ γνώμην ἐν τῷ λέγειν ἐκφερόμενον πολλάκις ὑπ'
ὀργῆς τήν τε φωνὴν ἀποξύνειν (6) καὶ βλασφημεῖν καὶ
συνταράττειν τὸν λόγον. ὅθεν καὶ βοήθημα τῆς ἐκτροπῆς
ταύτης ἐποιήσατο (τὸν) Λικίννιον οἰκέτην οὐκ ἀνόητον, ὃς ἔχων
φωνασκικὸν ὄργανον, ᾧ τοὺς φθόγγους ἀναβιβάζουσιν,
ὄπισθεν ἑστὼς τοῦ Γαΐου λέγοντος, ὁπηνίκα τραχυνόμενον
αἴσθοιτο τῇ φωνῇ καὶ παραρρηγνύμενον δι' ὀργήν, ἐνεδίδου
τόνον μαλακόν, ᾧ τὸ σφοδρὸν εὐθὺς ἐκεῖνος ἅμα τοῦ πάθους
καὶ τῆς φωνῆς ἀνιεὶς ἐπραΰνετο καὶ παρεῖχεν ἑαυτὸν
εὐανάκλητον.
| [2] Les statues et les portraits de Castor et de Pollux,
malgré la ressemblance de leurs traits, laissent voir cependant une différence
sensible, qui fait reconnaître que l'un était plus propre à la lutte,
et l'autre à la course : de même la grande conformité qu'avaient entre eux les
deux jeunes Gracchus pour la force, la tempérance, la libéralité, l'éloquence et la
grandeur d'âme, n'empêchait pas qu'il n'éclatât dans leurs actions et dans leur
conduite politique des différences marquées, que je crois à propos d'exposer avant
d'entrer dans le détail de leur vie. III. Premièrement Tibérius avait l'air du visage, le
regard et les mouvements plus doux, plus modérés que son frère; Caius était plus vif
et plus véhément. Lorsqu'ils parlaient en public, l'un se tenait toujours à la même
place, dans un maintien posé; l'autre fut le premier des Romains qui donna l'exemple
de marcher dans la tribune, de rejeter sa robe de dessus ses épaules ; comme on
dit de Cléon l'Athénien qu'il fut le premier orateur qui, dans ses harangues, ouvrit
son manteau et se frappa la cuisse. En second lieu, l'éloquence de Caius, pleine de
passion et de véhémence, imprimait une sorte de terreur; celle de Tibérius,
naturellement plus douce, était propre à exciter la compassion. Sa diction était pure
et châtiée; celle de son frère était persuasive, et ornée avec une sorte de recherche.
On voyait la même différence dans leur table et dans leur manière ordinaire de
vivre. Tibérius menait une vie simple et frugale ; Caïus, comparé aux autres
Romains, paraissait tempérant et sobre; mais, en comparaison de son frère, il était
recherché et donnait dans le superflu : aussi Drusus lui reprocha-t-il d'avoir acheté
des tables de Delphes d'argent massif, qui lui avaient coûté douze cent cinquante
drachmes la livre pesant. La différence de leurs moeurs suivait celle de leur
langage. Tibérius était doux et tranquille; Caïus avait de la rudesse et de
l'emportement; souvent, dans ses discours, il s'abandonnait, sans le vouloir, à des
mouvements impétueux de colère; il haussait la voix, se laissait aller à des
invectives, et tombait dans le plus grand désordre. Pour remédier à ces écarts, un
esclave, nominé Licinius, qui ne manquait pas d'intelligence, se tenait derrière lui
avec un de ces instruments de musique qui servent à régler la voix; et lorsqu'il
sentait à l'éclat des sons que son maître s'emportait et se livrait à la colère, il lui
soufflait un ton plus doux, qui, modérant aussitôt la véhémence de Caïus et lui
faisant baisser la voix, adoucissait sa déclamation, et le ramenait à une disposition
plus tranquille.
|