| [40] 19. Καὶ μέντοι καὶ ἡ Κορνηλία λέγεται τά τ' ἄλλα τῆς
συμφορᾶς εὐγενῶς καὶ μεγαλοψύχως ἐνεγκεῖν, καὶ περὶ τῶν
ἱερῶν ἐν οἷς ἀνῃρέθησαν εἰπεῖν, ὡς ἀξίους οἱ (2) νεκροὶ τάφους
ἔχουσιν. αὐτὴ δὲ περὶ τοὺς καλουμένους Μισηνοὺς διέτριβεν,
οὐδὲν μεταλλάξασα τῆς συνήθους διαίτης. ἦν δὲ καὶ πολύφιλος
καὶ διὰ φιλοξενίαν εὐτράπεζος, ἀεὶ μὲν Ἑλλήνων καὶ
φιλολόγων περὶ αὐτὴν ὄντων, ἁπάντων δὲ τῶν βασιλέων καὶ
δεχομένων παρ' αὐτῆς (3) δῶρα καὶ πεμπόντων. ἡδίστη μὲν οὖν
ἦν (αὕτη) τοῖς ἀφικνουμένοις καὶ συνοῦσι διηγουμένη τὸν τοῦ
πατρὸς Ἀφρικανοῦ βίον καὶ δίαιταν, θαυμασιωτάτη δὲ τῶν
παίδων ἀπενθὴς καὶ ἀδάκρυτος μνημονεύουσα καὶ πάθη καὶ
πράξεις αὐτῶν ὥσπερ ἀρχαίων τινῶν ἐξηγουμένη τοῖς (4)
πυνθανομένοις. ὅθεν ἔδοξεν ἐνίοις ἔκνους ὑπὸ γήρως ἢ
μεγέθους κακῶν γεγονέναι καὶ τῶν ἀτυχημάτων ἀναίσθητος,
αὐτοῖς ὡς ἀληθῶς ἀναισθήτοις οὖσιν, ὅσον ἐξ εὐφυΐας καὶ τοῦ
γεγονέναι καὶ τεθράφθαι καλῶς ὄφελός ἐστι πρὸς ἀλυπίαν
ἀνθρώποις, καὶ ὅτι τῆς ἀρετῆς ἡ τύχη φυλαττομένης μὲν τὰ
κακὰ πολλάκις περίεστιν, ἐν δὲ τῷ πταῖσαι τὸ φέρειν
εὐλογίστως οὐ παραιρεῖται.
| [40] Leur mère, Cornélie, supporta son malheur
avec beaucoup de courage et de grandeur d'âme ; elle dit, en parlant
des édifices sacrés qu'on avait construits sur les lieux mêmes où ils avaient été tués :
« Ils ont les tombeaux qu'ils méritent. » Elle vécut le reste de ses jours dans une
maison de campagne qu'elle avait près du mont Misène, sans rien changer à sa
manière ordinaire de vivre. Comme elle avait un grand nombre d'amis, et que sa
table était ouverte aux étrangers, elle avait toujours auprès d'elle beaucoup de Grecs
et de gens de lettres; les rois même lui envoyaient et recevaient d'elle des présents.
Ceux qu'elle admettait dans sa maison étaient charmés de l'entendre raconter la vie
et les actions de Scipion l'Africain, son père; mais ils étaient ravis d'admiration
lorsque, sans témoigner aucun regret, sans verser une larme, elle rappelait tout ce
que ses deux fils avaient fait, tout ce qu'ils avaient souffert, comme si elle parlait de
quelques personnages anciens qui lui auraient été étrangers. Plusieurs de ceux qui
l'entendaient croyaient que la vieillesse lui avait affaibli l'esprit, ou que la grandeur
de ses maux lui en avait ôté le sentiment; mais ils manquaient plutôt eux-mêmes de
sens, de ne pas savoir combien un heureux naturel et une bonne éducation donnent
de ressources à l'homme pour surmonter ses chagrins ; et d'ignorer que si la vertu
heureuse est souvent vaincue par la fortune, elle ne perd pas dans l'adversité le
courage de supporter ses malheurs.
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