| [9] Οὐ μὴν ἐφ' αὑτοῦ γε συνέθηκε τὸν νόμον, τοῖς δὲ
πρωτεύουσιν ἀρετῇ καὶ δόξῃ τῶν πολιτῶν συμβούλοις
χρησάμενος, ὧν καὶ Κράσσος ἦν ὁ ἀρχιερεὺς καὶ Μούκιος
Σκαιβόλας ὁ νομοδείκτης ὑπατεύων τότε καὶ Κλαύδιος
Ἄππιος ὁ κηδεστὴς τοῦ Τιβερίου. καὶ δοκεῖ νόμος εἰς ἀδικίαν καὶ
πλεονεξίαν τοσαύτην μηδέποτε πραότερος γραφῆναι καὶ
μαλακώτερος. οὓς γὰρ ἔδει δίκην τῆς ἀπειθείας δοῦναι καὶ μετὰ
ζημίας ἣν παρὰ τοὺς νόμους ἐκαρποῦντο χώραν ἀφεῖναι,
τούτους ἐκέλευσε τιμὴν προσλαμβάνοντας ἐκβαίνειν ὧν
ἀδίκως ἐκέκτηντο, καὶ παραδέχεσθαι τοὺς βοηθείας δεομένους
τῶν πολιτῶν. (3) ἀλλὰ καίπερ οὕτω τῆς ἐπανορθώσεως οὔσης
εὐγνώμονος, ὁ μὲν δῆμος ἠγάπα παρεὶς τὰ γεγενημένα
παύσασθαι τὸ λοιπὸν ἀδικούμενος, οἱ δὲ πλούσιοι καὶ
κτηματικοὶ πλεονεξίᾳ μὲν τὸν νόμον, ὀργῇ δὲ καὶ φιλονικίᾳ τὸν
νομοθέτην δι' ἔχθους ἔχοντες, ἐπεχείρουν ἀποτρέπειν τὸν
δῆμον, ὡς γῆς ἀναδασμὸν ἐπὶ συγχύσει τῆς πολιτείας
εἰσάγοντος τοῦ Τιβερίου καὶ πάντα πράγματα (4) κινοῦντος.
ἀλλ' οὐδὲν ἐπέραινον· ὁ γὰρ Τιβέριος πρὸς καλὴν ὑπόθεσιν καὶ
δικαίαν ἀγωνιζόμενος λόγῳ καὶ φαυλότερα κοσμῆσαι
δυναμένῳ πράγματα, δεινὸς ἦν καὶ ἄμαχος, ὁπότε τοῦ δήμου
τῷ βήματι περικεχυμένου (5) καταστὰς λέγοι περὶ τῶν
πενήτων, ὡς τὰ μὲν θηρία τὰ τὴν Ἰταλίαν νεμόμενα καὶ
φωλεὸν ἔχει, καὶ κοιταῖόν ἐστιν αὐτῶν ἑκάστῳ καὶ κατάδυσις,
τοῖς δ' ὑπὲρ τῆς Ἰταλίας μαχομένοις καὶ ἀποθνῄσκουσιν ἀέρος
καὶ φωτός, ἄλλου δ' οὐδενὸς μέτεστιν, ἀλλ' ἄοικοι καὶ ἀνίδρυτοι
μετὰ τέκνων πλανῶνται καὶ γυναικῶν, οἱ δ' αὐτοκράτορες
ψεύδονται τοὺς στρατιώτας ἐν ταῖς μάχαις παρακαλοῦντες
ὑπὲρ τάφων καὶ ἱερῶν ἀμύνεσθαι τοὺς (6) πολεμίους· οὐδενὶ
γάρ ἐστιν οὐ βωμὸς πατρῷος, οὐκ ἠρίον προγονικὸν τῶν
τοσούτων Ῥωμαίων, ἀλλ' ὑπὲρ ἀλλοτρίας τρυφῆς καὶ πλούτου
πολεμοῦσι καὶ ἀποθνῄσκουσι, κύριοι τῆς οἰκουμένης εἶναι
λεγόμενοι, μίαν δὲ βῶλον ἰδίαν οὐκ ἔχοντες.
| [9] Au reste, il ne rédigea pas seul la loi : il prit conseil des citoyens de Rome
les plus distingués par leur réputation et par leur vertu; entre autres,
de Crassus, le grand-pontife; de Mucius Scévola, célèbre jurisconsulte, alors
consul; et de son beau-père même, Appius Claudius. C'était, d'ailleurs, la loi la plus
douce et la plus modérée qu'on pût faire contre l'injustice et l'avarice les plus
révoltantes. Ces hommes, qui méritaient d'être punis de leur désobéissance, et
chassés, après avoir payé l'amende, des térres qu'ils possédaient contre la
disposition des lois, il leur ordonnait seulement de s'en dessaisir, en recevant le prix
des fonds qu'ils retenaient injustement, et de les céder aux citoyens qui en avaient
besoin pour vivre. X. Quelque douce que fût cette réforme, le peuple s'en contenta, et
consentit à oublier le passé, pourvu qu'on ne lui fit plus d'injustice à l'avenir : mais
les riches et les grands propriétaires, révoltés par avarice contre la loi, et contre le
législateur par dépit et par opiniâtreté, voulurent détourner le peuple de la ratifier;
ils lui peignirent Tibérius comme un séditieux, qui ne proposait un nouveau
partage des terres que pour troubler le gouvernement, et mettre la confusion dans
toutes les affaires. Leurs efforts furent inutiles : Tibérius soutenait la cause la plus
belle et la plus juste avec une éloquence qui aurait pu donner à la plus mauvaise des
couleurs spécieuses. Il se montrait redoutable et invincible, lorsque du haut de la
tribune, que le peuple environnait en foule, il parlait en faveur des pauvres. « Les
bêtes sauvages, disait-il, qui sont répandues dans l'Italie ont leurs tanières et leurs
repaires où elles peuvent se retirer : et ceux qui combattent, qui versent leur sang
pour la défense de l'Italie, n'y ont d'autre propriété que la lumière et l'air qu'ils
respirent; sans maison, sans établissement fixe, ils errent de tous côtés avec leurs
femmes et leurs enfants. Les généraux les trompent, quand ils les exhortent à
combattre pour leurs tombeaux et pour leurs temples; mais dans un si grand nombre
de Romains, en est-il un seul qui ait un autel domestique et un tombeau où reposent
ses ancêtres? Ils ne combattent et ne meurent que pour entretenir le luxe et
l'opulence d'autrui; on les appelle les maîtres de l'univers, et ils n'ont pas en propriété
une motte de terre".
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